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23 mai 2010

9 mai 2010

De l'Enfer à Clara

Le film avorté* de Clouzot occupe une place de choix parmi les oeuvres maudites. Vous en avez eu connaissance si vous suivez l'actualité cinématographique: des amateurs éclairés** ont récemment exhumé les bobines et une version complétée par des comédiens a pu voir le jour. J'ignorais encore que certains extraits étaient accessibles sur Internet.
Évoquer la carrière de Clouzot dépasse mes compétences et je ne peux prétendre que ses films figurent parmi mes préférés. Certains passages m'ont marqué durablement: le visage de Véra Clouzot, déjà évoqué ici, les silhouettes fantomatiques des Espions, les ombres du Corbeau, les stratagèmes et duels du Mystère Picasso.
Clouzot entame à l'occasion de ce tournage une démarche expérimentale autour du fantasme (ou de la fantasmagorie) puisque le sujet central est la jalousie extrême, maladive. Il impose à Romy Schneider des maquillages apprêtés, presque une peinture corporelle, des éclairages et des accessoires cinétiques. Il filme des variations op'art dans lesquelles l'actrice, pas encore la Romy voluptueuse et blessée de la maturité, est un corps qui suscite ou subit une transgression, en marge du réel, une féminité rendue tour a tour grimaçante ou fascinante, obscène et fragmentée. Ce qui fascine, et me ramène à l'expérience récente du Jardin des supplices, c'est une tentative souvent métaphorique, outrancière et hallucinatoire (ce n'est pas incompatible) d'évoquer le désir masculin.
Clouzot, dont le cinéma distillait notre mauvaise conscience, portait en lui un fond désespéré et cynique, dénué de toute concession.

* Le scénario a été adapté par Claude Chabrol en 1994.
** L'Enfer, d'Henri-Georges Clouzot, un film de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea (2009) d'après les parties réalisées en 1964.

1 mai 2010

Pantins ou non? 2/2

Alors que je m'efforce de "terminer", ce qui dans mon esprit revient à achever la bête, j'en arrive aux constats et aux peurs stagnantes... J'entends par cette dernière expression les manoeuvres que je mets en place pour retarder l'intrusion du mot Fin... Des pantins se fabriquent, donc. Mais je redécouvre les actes de l'opéra, dont certains élaborés il y a dix-huit mois, et je comprends à quel point le pantin était déjà présent, inscrit même dans d'autres partis pris: la désincarnation des visages filmés, la stylisation outrancière des corps, l'insertion d'une 3D volontairement caricaturale et hachée...

25 avril 2010

Pantin ou non? 1/2

Le montage du Jardin des supplices touche bientôt à sa fin. Se pose actuellement la question d'une séquence que je peux ou non fabriquer et intégrer à la vidéo... Tout dans le comportement de nos personnages indique un destin, ainsi qu'une tendance maniaque qui les dépasse. Le narrateur ne peut résister à la passion charnelle que Clara insinue en lui. Servilité rime ici avec sensualité... L'héroïne est tendue comme un arc vers cet objectif de cruauté passive. Le tourmenteur manipule des corps mais il est lui-même asservi à cette "esthétique du corps en lambeaux"...
Depuis la naissance du projet, j'éprouve l'envie d'immiscer des marionnettes dans cette univers fantasmé, ce témoignage de la dépendance et de la manipulation. L'acte 4 fourbit sa morale, tel une fable. Les pantins à la fois ridicules et obscènes y ont une place toute désignée. Ils fournissent souvent une métaphore du créateur, et les rôles parfois s'inversent. Le marionnettiste devient occasionnellement le serviteur de sa propre créature: c'est un des thèmes privilégiés des numéros de ventriloques et de certains films fantastiques. Le pantin constitue également une caricature de l'organicité humaine, de ses limites: les membres schématiques ne permettent que des mouvements saccadés et mécaniques.

3 avril 2010

Acte 3, suite

Cet acte suggère des phénomènes paradoxaux qui conduisent à une mise en abyme. La question du couple, pourtant peu relevée dans les exégèses du livre, m'a toujours paru centrale. Cette partie constitue la mise à l'épreuve de cette entité duelle. Le narrateur successivement succombe et s'éloigne. Il ne parvient pas à se détacher mais il se targue d'observer la folie ascendante de Clara. Le livre a souvent été taxé de mysogynie. Il est difficile de minimiser cette donnée au regard de la biographie de Mirbeau. Le point de vue est masculin, certes, mais il admet tout de même une critique du couple et de la prédominance du mâle. L'acte 3 de l'opéra synthétise certains épisodes du livre mais ne renonce pas à ces pulsions contradictoires auxquelles je tente de donner une forme.
Je cède aussi à certains penchants: l'obsession m'intéresse, elle irrigue toute manifestation créative. Cette époque (ainsi que ses développements) continue à nourrir mes recherches.

27 mars 2010

Ambiances

Le climat de l'acte 3 du Jardin des supplices repose partiellement sur les fonds et autres textures. L'artifice s'est imposé autant pour des raisons économiques qui rendent impossible le réalisme que pour respecter le combat intérieur des personnages, eux-mêmes peu visibles, sauf à des moments stratégiques: tout ou presque est vu en caméra subjective. Investis d'un fort impact suggestif et narratif, textes et dialogues explicitent quand il le faut...
Le traitement visuel de cet acte revendiquera également ses influences picturales (ainsi que sa caricaturale picturalité). Les superpositions s'apparentent aux glacis et les chromatismes exagérés confirment l'intrusion du peintre... Ceci méritera d'être précisé ultérieurement...

16 mars 2010

Chair narrative

La notule précédente amorçait d'autres recherches, ainsi qu'un article sur la page dévolue à l'opéra virtuel. Ce que j'évoque rapidement ce soir peut accompagner et inspirer mes divagations mirbelliennes. Stéphane Blanquet, dont j'ignore à peu près tout, est l'auteur d'un ouvrage rare, la Chair nue s'articule. D'autres que moi en ont dit avec talent le plus grand bien. Les peintures composées à même la peau du modèle féminin fragmentent ou décuplent son identité sexuelle, sa charge émotive et charnelle... Il s'agit aussi d'une tentative nouvelle: appliquer des possibilités narratives à ce combat (ou à cette étreinte) entre le corps à la fois objet et support, et les graphismes qui rappellent quelque rite ancestral...

* Aux éditions Beaulet. Cet ouvrage fait suite à un autre essai reposant sur le même principe, mais dont le tirage était plus restreint, Sur l'épiderme.

10 mars 2010

Chair virtuelle

Je découvre les méandres en fil de fer de l'animation en 3D. Ce médium aurait enchanté les peintres néoclassiques... Que dire des possibilités de mixer les chairs, de tordre les membres? Le rêve de la raison engendre des monstres.. C'est ainsi, à l'époque de la mise en doute du classique, ou de son parachèvement, que Goya paraphait une de ses estampes... Je deviens, en concevant les images de l'opéra virtuel un tortionnaire du pixel. Shelley avait tout dit des effets pernicieux de l'idéal. Nous y reviendrons bientôt ICI....

24 février 2010

AVIS.....

...aux lecteurs rares (et rares lecteurs) qui fréquentent ce blog. L'activité de cette page, sera, durant quelques mois, inversement proportionnelle aux exigences imposées par l'opéra virtuel.
Le Jardin des supplices sera présenté en avant-première au mois de mai à Strasbourg. Jusqu'à cette date, vous me retrouverez une à deux fois par semaine dans l'espace virtuel qui est consacré à cette entreprise et, plus rarement, ici.... A bientôt!

20 février 2010

Les lecteurs attentifs devineront sans peine la destination du document ci-dessus. Les images animées de l'acte III sont en cours. Vaste tâche! Il s'agit sans doute du pivot programmatique de l'oeuvre, tant romanesque qu'opératique... Et mes petits camarades ont mis la barre très haut: le livret de Kinda Mubaideen et la musique de Détlef Kieffer sont cinglants, évocateurs, lyriques et baignés d'ironie....

22 novembre 2009

Vers l'acmé

Il s'agit notamment, pour Clara dans le Jardin des supplices, de restituer l'état progressif de surexcitation en usant de récurrences, de répétitions, sans oublier qu'elles sont devenues des lapalissades expérimentales exploitées depuis des lustres. Mais il est question aussi de l'enfermement symbolique des deux personnages principaux, Clara et le narrateur. Elle est victime de son "mal", il est esclave de ses sens, de son attachement sensuel et affectif à Clara...

15 novembre 2009

12 novembre 2009

Studieux et mutique

L'activité de ce blog est plus réduite qu'à l'accoutumée. Je suis actuellement enfoui _ le terme n'a rien d'excessif_ dans l'acte 2 du Jardin des supplices. La concrétisation est assez laborieuse car la mise en œuvre, pour virtuelle ou numérique qu'elle soit, exige des interventions tatillonnes et répétitives. Sur chaque photogramme, les calques successifs sont gommés ou contournés à la main. Les retouches sont multiples: effacements, transparences, décors modifiés, déformations, rushs décontextualisés où contrastent les teintes grises, putrides du bagne et la jeune chair saturée de Clara... Je tente actuellement de concrétiser de nouveaux visages de l'héroïne, folle, perverse mais terriblement attirante... Sa visite au bagne serait assez explicite pour évoquer le plaisir extrême qu'elle éprouve par procuration à la douleur des autres. Le montage suggestif, greffe d'images déréalisantes et d'outrances, favoriserait l'Informe...

20 septembre 2009

Repentirs

Les images ci-contre sont aussi celles de mon indécision. La première et surtout la troisième ont échoué de peu à l'examen final. Le visuel adopté est une décision de dernière minute. Tout cela tient sans doute de l'anecdote à usage interne...
N'hésitez pas à vous rendre sur le blog du Jardin des supplices. Les notules consacrées à l'informe s'y poursuivent...

6 septembre 2009


Ces deux images associées sont extraites du travail en cours, le Jardin des supplices opéra virtuel. Cette présentation conjointe trouvera prochainement une résonance dans les notules consacrées à l'Informe ( voir lien ci-dessus). Cette problématique ne sera pas oubliée dans Un songe, autre projet conséquent.

6 août 2009

Chemins de traverse

En haut: essais pour le bagne du Jardin des supplices
En bas: essais pour Un Songe, projet au long cours


Si cet espace virtuel ne fait que ressasser ou tenter de restituer des expériences, il s'agit aussi pour moi d'un lieu de conception où se matérialisent et se confirment des accointances, un terrain d'application dialectique dans lequel l'énonciation seule, ce que je rédige ici, empêche la perpétuelle mouvance, l'inachèvement, et dans une certaine mesure, le renoncement…
Enoncer, avant toute idée de partage, c’est rechercher une relative clarté du propos, c’est vérifier pour soi-même que cela peut se tenir... Je prends connaissance aussi en fonction de mes projets et obsessions esthétiques du moment et poursuis conjointement plusieurs lièvres qui me transportent sur des sentiers opposés entre lesquels, parfois, n'existe pas même une lisière.
Quelquefois, et c’est surprenant, naissent, au détour d'une chose lue ou vue, des raccourcis ou des places communes. Depuis plusieurs semaines, je me plonge avec délectation dans certains univers essentiellement appliqués à la photographie et au cinéma. Je remarque les problématiques communes entre le bagne du Jardin des supplices et le film Un Songe. Les images surréalistes sont
désormais ancrées dans le folklore d’une époque tout en alimentant des questions très vivaces: animalité, informe, non-dit pulsionnel appliqué à la figuration et à ses avatars… Ces questions feront l'objet de prochaines digressions.

25 février 2009

Réponse à un ami, ou...

Divagation nocturne autour d'un opéra virtuel...
Oui, cher ami, ça avance, cela prend forme et j’occupe désormais les 18 mn et 34 s de la musique. Je m’étends, je brasse, je souque, je colmate. Dix-huit minutes et trente-quatre secondes... Constat petit-bras et mesquin, j’en conviens, alors que c’est aussi virtuel et immatériel que possible..
Mais le montage tente d'élaborer un monde segmenté au dixième de seconde pourtant dépourvu de cicatrices, à moins qu'on les revendique...
Le quart d'heure tient lieu d'infiniment grand... Les images, en certains instants névralgiques, se calent sur la musique et les voix... qui n'ont pas dit leur dernier mot...
Le narrateur peu à peu perd son être physique et devient le passeur, nos yeux pétrifiés par ceux de la méduse... Vaste programme réduit encore à ses intentions....
Dans les parties à venir, nous nous soucierons davantage de matérialité, d’abord la carne pourrie et la sueur ceinte des murs moisies des cachots, les chaînes, les pores de la peau, puis le pollen, le foutre, les paquets de chair, les linges rougis et spongieux, les plumes des paons et autres vestiges exotiques ou iconographiques...
MAIS PAS CETTE NUIT!!!...
Oserai-je penser que l’acte 1 touche bientôt à sa fin?.... J’ai peur que le résultat soit trop éclectique, disséminé, qu’on y perde toute sensation de trajet, de transition lumineuse, au profit de la relation fusionnelle et des sentiments du narrateur.. Comme si la symbiose, certes éphémère dans cette histoire, vampirisait mes velléités d'unité formelle et narrative !

Ah, le début est toujours le meilleur!.. Ce que nous assène Mirbeau...
Clara, les tourmenteurs, le jardin, le bagne, le bateau qui glisse, fend l’écume... Que de belles métaphores... De la naissance du sentiment amoureux qui oscille entre l’appréhension, la peur du don, de se trahir et de se perdre en l’autre.... Et je suis poursuivi par l'idée persistante de ne réussir que des fragments, des bribes trop fermées sur elles-mêmes pour composer un tout...
Nous y verrons plus clair demain...

A plus tard...