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29 mai 2011

Claude Cahun

Claude Cahun, l'une de mes inspiratrices et muse des années vingt, fait actuellement l'objet d'une exposition importante dans une grande institution culturelle. Femme libre, fidèle à ses amitiés et à ses convictions, elle reste la grande photographe du double et de l'ambiguité sexuelle.
Quelques unes de ses images sont visibles ICI.

16 octobre 2010

Une déréalisation par la couleur

Une des questions que pose ma vidéo au long cours (UN SONGE), ce sont les poncifs associés aux films des années 20: le nombre encore incertain d'images par seconde, les détériorations variées de la pellicule qui génèrent des luminosités fluctuantes, des rayures et des tressautements, enfin, le noir et blanc que l'on associe inévitablement aux bandes de cette époque, en oubliant que les films teintés ne furent pas rares.
ICI, la couleur semble miraculeuse. Son antériorité paraît évidente, mais, paradoxalement, ce raffinement chromatique évoque plutôt un imaginaire pictural, celui des années 1900. Il serait intéressant aussi de considérer la façon dont se meuvent les modèles, leurs expressions et mimiques même sont inscrites dans une époque révolue. Et l'irréalité de la couleur en est, de ce fait renforcée...

16 août 2010

UN SONGE: Une Main, partie pour le tout 5/5

L'hymen investit la chambre et Colette ironise sur l'état conjugal. On pourrait s'en tenir là: la nouvelle de l'écrivaine s'ajouterait à la longue liste d'écrits croquant ou démontrant les misères du mariage. Elle m'intéresse déjà en tant qu'interprétation féminine: vue par un personnage et décrite par une femme, cette main catalyse tous les travers masculins. L'organe balise la narration, et l'analogie, autant que métaphore*, s'érige dans ce cas en symbole d'une situation désolante.
On décèlerait de cruelles ressemblances avec une photographie célèbre. L'image de Kertesz** est considérée ordinairement comme une ode à sa compagne (l'image s'intitule Elisabeth) ou comme un autoportrait de l'artiste. Elle aurait acquis un statut particulier, définirait un modèle de représentation amoureuse moderne où le cadrage et la luminosité, à force d'ingéniosité, de savoir-faire, de construction visible confineraient à la galanterie, feraient oeuvre de parangon matrimonial. On peut aussi y voir bien d'autres choses: on glosera sans peine sur la femme coupée en deux par le cadre (littéralement sa moitié), je n'y ajouterai rien.
L'image composée en 1931 applique d'une façon implicite tous les préceptes maritaux en usage à l'époque (et qui pour la plupart le sont encore). La main retient autant qu'elle protège. Presque crispée et spatulée, elle semble dire tu m'appartiens, ... La quasi invisibilité de l'homme lui confère une stature particulière, l'atteste en figure omnipotente. Le regard de la femme, oeil unique, est ambigu. Il évoque un sourire rentré, presque une résignation silencieuse. Peut-être aussi percevons-nous une angoisse née du cadrage: d'Elisabeth, on ne voit que la moitié, on subodore la symétrie des traits, l'équilibre que cela suppose mais sans en être tout à fait sûr. Le hors champ peut ici rassurer, confirmer, ou nous entraîner malgré nous (malgré le photographe) dans une peur fragmentaire: de cette femme, nous ne saurons jamais qu'une part.
En extrapolant encore, on y percevrait, non sans méchanceté, une vision édifiante de la femme selon André Breton, ou, tout simplement, un élément analogique (la main) venu se rattacher tardivement à une norme sociale.
Dans les deux cas (Colette et Kertesz), j'apprécie que ces thèmes expérimentaux, l'analogique et l'informe, se frottent à une réalité quotidienne, quitte à se déliter, se brimer, s'abimer l'un l'autre...

* Comme le fit Henri-Pierre Roché. Je l'avais évoqué ici.
** A partir du 28 septembre 2010, Kertesz bénéficiera d'une importante rétrospective au Musée du Jeu de paume à Paris.

9 mai 2010

De l'Enfer à Clara

Le film avorté* de Clouzot occupe une place de choix parmi les oeuvres maudites. Vous en avez eu connaissance si vous suivez l'actualité cinématographique: des amateurs éclairés** ont récemment exhumé les bobines et une version complétée par des comédiens a pu voir le jour. J'ignorais encore que certains extraits étaient accessibles sur Internet.
Évoquer la carrière de Clouzot dépasse mes compétences et je ne peux prétendre que ses films figurent parmi mes préférés. Certains passages m'ont marqué durablement: le visage de Véra Clouzot, déjà évoqué ici, les silhouettes fantomatiques des Espions, les ombres du Corbeau, les stratagèmes et duels du Mystère Picasso.
Clouzot entame à l'occasion de ce tournage une démarche expérimentale autour du fantasme (ou de la fantasmagorie) puisque le sujet central est la jalousie extrême, maladive. Il impose à Romy Schneider des maquillages apprêtés, presque une peinture corporelle, des éclairages et des accessoires cinétiques. Il filme des variations op'art dans lesquelles l'actrice, pas encore la Romy voluptueuse et blessée de la maturité, est un corps qui suscite ou subit une transgression, en marge du réel, une féminité rendue tour a tour grimaçante ou fascinante, obscène et fragmentée. Ce qui fascine, et me ramène à l'expérience récente du Jardin des supplices, c'est une tentative souvent métaphorique, outrancière et hallucinatoire (ce n'est pas incompatible) d'évoquer le désir masculin.
Clouzot, dont le cinéma distillait notre mauvaise conscience, portait en lui un fond désespéré et cynique, dénué de toute concession.

* Le scénario a été adapté par Claude Chabrol en 1994.
** L'Enfer, d'Henri-Georges Clouzot, un film de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea (2009) d'après les parties réalisées en 1964.

5 mai 2010

PASTILLE N°27: de la porteuse au "Commerce de l'eau"




Lorsque j'étais enfant, chez mes grands parents, j'observais cette figure avec minutie. Porteuse à l'identité incertaine, entre statuette et jouet en plastique, elle évoquait une chair marmoréenne, à la fois fragmentée et monumentale, un imaginaire exotique, féminin, vaguement empreint de pittoresque colonial. Sa monochromie même, combinée à sa richesse graphique, continue à m'enchanter.

31 août 2009

Pastille n°18

Ces transparences, cloisonnements, reflets et flous seraient les manifestations de notre incapacité à regarder, de notre mémoire visuelle qui ne restitue qu'une trace infime... Et le Musée symboliserait le théâtre de ce manque, quand il n'en est pas le pourvoyeur...

28 juin 2009

PENTHESILEE, première esquisse

Avec l'ami Patrice, nous préparons une vidéo autour du Penthésilée de Kleist... Nous en sommes à la conception et à la collecte d'éléments... Voici une première esquisse conçue à partir des photographies et gravures de P. Hetzel... Nous y reviendrons.

24 juin 2009

FRUIT, Pastille n°11

Oui, c'est le temps des pastilles, un coup de pied dans le sablier.
On sort les cartouches des réserves de printemps...Cela se décante...
Le film du jour trouve un écho dans d'autres pastilles répandues:
le rouge cœur de la première et l'écarlate de la septième,
la Femme de la seconde,
Une humeur joyeuse et complice évoquée dans les huitième et dixième,
l'éclat solaire et translucide de la neuvième...
Une envie de perception brute, immédiate, comme un antidote à d'autres expressions...

11 mars 2009

PASTILLE N°2

J'ai besoin de temps pour évoquer plus avant la démarche d'Olivier Deprez. Cela touche à des territoires aux lisières sensibles, pour moi essentielles.
La seconde pastille est une rencontre, l'évocation d'un cheminement.
A partir des mêmes rushs, il y aurait d'autres approches envisageables: le coeur et le canal comme figures anatomiques, sites, symboles, charriant et bousculant les sentiments, la femme-paysage, le lieu/souvenir... Et, toujours, le déplacement, le passage...
A dimanche, pour une nouvelle halte à ROKKÔ...

15 janvier 2009

NUMPHE: Fluss/2/


Voici un second et dernier extrait de Fluss (le début est ICI),
première partie du triptyque Numphè.

4 janvier 2009

FLUSS: des explications.

Je l'indiquai avant-hier: Fluss constitue la première partie d'un triptyque (ou trilogie?) consacré à la nymphe. Fluss serait comme la rencontre sur une table de montage du clignotement propre au cinéma d'avant-garde des années soixante et du romantisme allemand. Le son est brut, hâché par la juxtaposition des images mobiles ou fixes. Le texte cité est extrait du Winterreise de Wilhelm Müller que Schubert mit en musique.
Dans ce rythme ternaire, ce panneau signale une émergence tantôt possible, tantôt improbable, une réécriture de la nature qui caractérise toute tentative de figure élémentaire au sein du paysage.

2 janvier 2009

NUMPHE: Fluss/1/


Un extrait de Fluss, première partie d'un triptyque
intitulé NUMPHE.
Quelques précisions sont à venir...

21 décembre 2008

Voix off

L'envie de concevoir un texte pour un Songe se précise..
Il reste à formuler à la première personne, en une voix hors écran, sans illustrations ni redondance, la vie symptomatique d'une femme qui oscille entre strass et folie, entre montparnos et grand monde, au risque de s'y brûler... Comment supporter la lucidité qui n'est jamais qu'un éclair, lux, flamme mentale?....
Bientôt, je mettrai en ligne les oripeaux d'Un Songe, ces bribes dont je peine à me débarrasser et qui, dans ce film, n'ont plus leur place...

15 décembre 2008

ESMERALDA/4/


Suite et fin d'Esmeralda.
Les autres extraits et la fiche technique sont ICI.

5 décembre 2008

Esmeralda/3/

Un troisième extrait d'Esmeralda, après ceux visibles ICI
(ainsi que la fiche technique).


21 novembre 2008

UN SONGE: « …les gestes de l’amour masqué en opérette égyptienne, en bayadères hindoues »

Parfaite expression de l’ambiance à venir, de mon image mentale des Années Folles, on doit ce trait à Mireille Havet, enfant prodige, amie des artistes et des duchesses puis créature nocturne promise à un destin déchirant… Dans cette nouvelle version d’Un Songe, le personnage principal lui doit beaucoup, non dans les faits, mais par un fiévreux rapport au monde.
Le journal de Mireille Havet est paru pour la première fois aux éditions Claire Paulhan, en trois tomes … J’y reviendrai…

18 octobre 2008

FACE

Des visages au cinéma, obsessionnels, récurrents durant toute la durée d'un long métrage, il y en a quelques-uns… Métaphore de l’enfance et de l’image fomentée par l’enfance chez Svankmajer, ces visages-paysages parviennent parfois au mythe, par delà tous les rites et anecdotes d’expression…
Souris ne souris pas, ouvre, baisse les yeux, semble crier le réalisateur dans les films où ce mythe est souhaité, revendiqué mais ne s’accomplit jamais…
Au contraire, j’éprouve cette aura des têtes dans quelques beaux morceaux de cinéma. Ce choix n’implique que moi, et ne concerne pas les « face caméra », les troubles suscités par les traits de Véra Clouzot (les Diaboliques), Meiko Kaiji (la Femme Scorpion), Marika Green (Pickpocket)……… Les cinéphiles, dont je ne suis pas, me reprocheront d’oublier Madame de … ou Monika…
Evoquons les films où le visage domine, imprègne, afflige, implique, nourrit, même par ses carences et ses effacements. Dreyer transcende la mort de Jeanne, ce n’est pas tant le bûcher et sa réalité physique, pourtant décrite, mais le visage de Jeanne, omniprésent, qui disparaît derrière une fumée, presque un écran blanc ; sa mort n’en est que plus prenante.
Faces (Cassavetes) dévoile son programme, les visages comblent les vides, nourrissent les insatisfactions, Persona de Bergman, où les visages se confondent, se dédoublent, et ce film muet, en noir et blanc, de Garrel*, les Hautes Solitudes (1974)... Les traits de Jean Seberg, une émotion qui bouge, imperceptiblement fêlée, sans pour autant être un masque…

*Philipe Garrel fait actuellement l’objet d’une rétrospective dans un cinéma parisien, Les Trois Luxembourg.

9 octobre 2008

ESMERALDA


Une minute et treize secondes du film Esmeralda.
A demain, pour une présentation du film.


ESMERALDA (2007-2008)
Format : DVD Pal (3/4)
Durée : 5mn29s
Musique : Détlef Kieffer
Cithare : Détlef Kieffer
Enregistrement et mixage : Max Grundrich
Avec l’aimable autorisation des éditions Pierres Sonores
Réalisation : Erik Viaddeff